Table Ronde sur la Gouvernance des Ressources minérales au Sénégal
Intégralité du discours du Président du CN-ITIE, Monsieur Thialy Faye, sur la thématique : Thème : Exploitation pétrolière, gazière et minière : Passer de l’exploitation à la transformation des ressources naturelles pour faire du Sénégal un hub industriel africain.
Monsieur le Ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines,
Messieurs les Directeurs exécutifs d’OSIDEA et de l’ONG 3D,
Mesdames, Messieurs les partenaires techniques et financiers, les membres de la société civile et du secteur privé
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Je prends la parole au nom du Comité National ITIE avec un profond sens des responsabilités à l’heure où notre pays amorce un tournant historique. Le Sénégal entre dans l’ère de la production pétrolière et gazière, une phase tant attendue, porteuse d’opportunités considérables mais aussi de risques systémiques si elle n’est pas encadrée par une gouvernance rigoureuse, transparente et orientée vers le développement durable. C’est le lieu de féliciter et surtout de remercier les organisateurs (OSIDEA, ONG3D, Ministère etc.) pour la pertinence de la thématique placée sous le signe : « Exploitation pétrolière, gazière et minière : passer de l’exploitation à la transformation des ressources naturelles pour faire du Sénégal un hub industriel africain. ».
Ce thème d’une brûlante actualité, pose une question centrale : voulons-nous continuer à exporter des matières premières brutes au profit d’autres économies, ou déciderons-nous enfin de construire ici, chez nous, une économie transformée, souveraine et créatrice de valeur ajoutée ?
Monsieur le Ministre
Mesdames et Messieurs,
Le modèle rentier fondé sur l’extraction-exportation est à bout de souffle. Il ne répond ni aux aspirations de notre jeunesse, ni aux exigences d’une industrialisation compétitive, ni aux défis de la soutenabilité. En 2023, la production des entreprises minières du périmètre ITIE, a une valeur commerciale de 1 110 milliards FCFA à l’exportation. Qui plus est, une partie de notre production des projets de Sangomar et de GTA est commercialisée sur le marché international. Pendant ce temps, la contribution globale du secteur extractif à la même année dans le budget de l’État est de 346,19 milliards FCFA.
Ces chiffres nous invitent à changer de cap, de méthode et de rythme.
Transformer localement nos ressources signifie entre autres :
- produire de l’électricité à partir du gaz pour booster la compétitivité industrielle et garantir l’accès universel à l’énergie ;
- fabriquer localement de l’engrais à partir de notre phosphate pour libérer le potentiel agricole ;
- intégrer nos ressources minières – fer, or, zircon, lithium – dans des chaînes de valeur nationales et régionales, avec une industrie de transformation qui crée des emplois qualifiés, de la technologie et du contenu local.
Ce projet est économique, social, environnemental mais aussi politique. Il engage notre capacité collective à orienter les investissements vers des secteurs porteurs, à adapter notre cadre fiscal et douanier, à mieux former notre jeunesse et à moderniser notre administration.
Aussi, il s’agit surtout de faire du contenu local une réalité car le volume des transactions effectuées par les entreprises du périmètre 2023 s’élève à 1 967 milliards FCFA dont seulement 906 milliards FCFA captés par les entreprises sénégalaises.
Ces défis engagent surtout notre devoir de transparence, de redevabilité et de justice sociale.
C’est là que l’ITIE trouve toute sa pertinence.
Notre mission dépasse la simple publication de données. Nous œuvrons pour un écosystème extractif éclairé, surveillé et dialogué : où les citoyens comprennent, où les entreprises s’engagent, où l’État anticipe, et où la société civile interpelle. Le Comité National ITIE du Sénégal est un espace stratégique, un levier de gouvernance et un outil d’influence pour des politiques publiques mieux construites et plus équitables.
Monsieur le Ministre
Mesdames et Messieurs,
Ce basculement vers une économie de transformation ne se fera pas sans une volonté politique ferme, sans réformes audacieuses, ni mobilisation citoyenne.
C’est maintenant que tout se joue :
– Maintenant que les premiers barils sont extraits ;
– Maintenant que les attentes sociales sont à leur comble ; et
– Maintenant que la jeunesse demande des réponses, des emplois, des perspectives.
Passer de l’exploitation à la transformation, c’est refuser la fatalité de la dépendance, c’est choisir l’ambition sur la résignation, la planification sur l’improvisation, la prospérité partagée sur la captation des richesses.
Nous devons inscrire cette transition dans le long terme, dans la Vision Sénégal 2050, mais aussi dans une dynamique africaine, car notre ambition est continentale : faire du Sénégal un hub industriel africain, ancré dans ses ressources mais tourné vers l’avenir.
Dans cette dynamique, je terminerai en disant que le Comité National ITIE restera un catalyseur, un partenaire de transformation, au service du peuple sénégalais.
Je vous remercie.



